Le royaume a l'intérieur de soi

Apparu dès le XIème siècle, le Catharisme dont l'influence s'étendit des Balkans à l'Espagne est, avec le Christianisme originel et le Manichéisme, l'un des mouvements spirituels les plus profonds et les plus remarquables de la chrétienté, résurgence du grand courant de la Gnose Universelle.

De par cette inspiration gnostique, et relié à l'antique tradition "hermétique", le Catharisme tenta de poser, trois siècles avant la Renaissance, les fondements d'une nouvelle civilisation qui porta au plus haut les valeurs spirituelles, éthiques et sociales du Christianisme Intérieur, ce pur Christianisme basé non une foi extérieure, mais sur la découverte par chacun du "Royaume à l'intérieur de soi".

Parce qu'ils rejetaient la religion dogmatique devenue un christianisme totalement extérieur, les cathares furent l'objet d'une sauvage répression, particulièrement dans le Sud de la France, en Occitanie.

Bien que ceux qui vivaient totalement ce chemin de la découverte "du Christ en soi-même" fussent relativement peu nombreux, l'exemple de leur vie conforme à l'Évangile leur valut le respect de la population, et de la majeure partie du clergé.

Devant la désaffection des églises, il fût hélas impossible à la papauté d'envisager autre chose que la violence contre ces hommes dont la pureté et la spiritualité rendaient d'autant plus choquante la dégradation des moeurs et l'ignorance des prêtres et des clercs.

En 1208, le pape Innocent III appela à une croisade contre le Comte de Toulouse, protecteur des "hérétiques".

Cette croisade impitoyable, qui fit des centaines de milliers de victimes, aboutit à la chute de Montségur, à la destruction systématique du Christianisme des "Bonshommes" - comme les appelaient la population - et, par là, à l'anéantissement de la civilisation romane, l'une des cultures les plus originales et des plus raffinées que l'Europe du Moyen-âge avait connues.

Il faut constater que c'est à peine si les livres d'histoire mentionnent ces sanglantes croisades contre les "hérétiques albigeois". Il s'agit là - dira même un historien de la papauté - de "l'un des chapitres les plus sombres et les plus tristes de l'histoire de l'église de Rome" et c'est encore pour beaucoup l'un des chapitres les moins compris et les moins assimilés de notre passé.

Pourtant, dit le poème prophétique d'un troubadour pressentant la résurgence de la Gnose :

"... mais aprés sept cents ans reverdira le laurier".

Et ce n'est pas non plus un hasard si, en nos jours de profonde remise en question et de désintégration des normes tant éthiques que religieuses, beaucoup, dans leur quête de valeurs et de solutions nouvelles aux problèmes fondamentaux de notre temps, s'intéressent à l'histoire et à la vie de ces communautés spirituelles cathares, disparues si tragiquement. Certains même, troublés jusque dans l'âme par leur destin si extraordinaire, cherchent à pénétrer jusqu'à la vérité et osent enfin poser la question : "Y aurait-il un autre christianisme ?"

A la charnière du Ier et du IIème millénaire, les peuples européens cherchaient un nouveau souffle dans un christianisme en profonde crise intérieure. Alors que l'Occident qui se dit "chrétien" s'apprête à se jeter sur l'Orient dans une croisade hasardeuse et meurtrière, une puissante impulsion spirituelle apparaît au nord du bassin méditerranéen : Languedoc, Italie du Nord, jusqu'en Bosnie et en Bulgarie.  peuples et influences se mêlent, où les plus antiques traditions spirituelles du Proche et du Moyen Orient, de Grèce et d'Egypte, viennent féconder un tout autre christianisme, plus intérieur, spirituel, bien plus proche de ses origines.

Les Écoles d'Alexandrie virent la rencontre de la Sagesse d'Hermès, du Néo-platonisme et de l'Essénisme. Plus tard, Priscillien d'Avila fit pénétrer l'enseignement de la Gnose en Europe du Nord (il mourut en 385 décapité à Trêves à l'instigation des évêques dits "chrétiens". Ce fût un des grands "martyrs" du christianisme intérieur). S'y ajoutent les incontestables influences Bogomiles venus de Bulgarie, en relation avec le pur christianisme gnostique de l'origine.

Dès cette époque, nous voyons en effet ressurgir de nombreuses notions propres aux anciennes doctrines du Salut, à la Gnose chrétienne de l'Origine, au Manichéisme qui fût une des plus pures religions de la Lumière :

  • la réincarnation des âmes, emprisonnées dans le cycle ici-bas et au-delà,
  • les deux ordres de nature distincts, ici-bas et au-delà, d'une part, Royaume de la Lumière d'autre part.
  • le retour de l'âme-Esprit dans le Royaume de Lumière de l'Origine.
Au Xème et XIème siècle, le midi de la France, en particulier, connaissait une effervescence spirituelle qui touchait tous les milieux mystiques, qu'ils soient juifs, musulmans ou chrétiens.

Il faut dire que l'atmosphère intellectuelle très libérale qui régnait dans ces régions favorisait les échanges d'idées et de mythes, un brassage d'idées neuves, hardies. On retrouvait des conceptions analogues, on empruntait aux mêmes sources car, sous la surface d'un christianisme extérieur, s'écoulait la grande source gnostique, libératrice qui tentait de revivifier la pensée de "Dieu en l'homme". La liberté religieuse, l'indépendance d'esprit, une certaine tolérance commençait à se répandre à partir de cette impulsion.




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